La reprise de données consiste à sortir les informations de votre ancien outil (tableurs, base Access, logiciel en fin de vie), à les nettoyer, à les adapter au nouveau logiciel puis à les y importer. C'est le poste le plus souvent oublié dans les budgets, alors qu'il peut peser autant qu'une étape de développement. Une reprise réussie se décide dès le cadrage, se répète au moins une fois à blanc, et ne reprend pas forcément tout l'historique.
Les étapes d'une migration de données
Quel que soit l'outil de départ, une reprise suit à peu près le même chemin.
- Inventaire. Lister toutes les sources : le fichier principal, mais aussi les onglets cachés, les tableurs personnels, les dossiers de pièces jointes, les e-mails qui servent de base de données sans le dire.
- Extraction. Sortir les données dans un format lisible (CSV, export de base). Avec un logiciel fermé, c'est parfois l'étape la plus difficile : il faut vérifier tôt qu'un export complet existe.
- Correspondance. Décider, champ par champ, où va chaque information dans le nouvel outil. « Client » dans l'ancien fichier recouvre parfois à la fois des clients, des prospects et des fournisseurs.
- Nettoyage. Supprimer les doublons, harmoniser les formats (dates, numéros de téléphone, codes postaux), compléter ou écarter les fiches incomplètes.
- Import à blanc. Charger les données dans une copie du nouvel outil, puis contrôler.
- Contrôle. Comparer des totaux (nombre de clients, chiffre d'affaires d'une année, encours) entre l'ancien et le nouvel outil, et ouvrir quelques fiches au hasard.
- Bascule. Geler les saisies dans l'ancien outil, faire l'import définitif, ouvrir le nouveau.
- Archivage. Conserver l'ancien système ou ses exports en lecture seule, pour ce qui n'a pas été repris.
Ce chemin vaut pour un tableur comme pour un vieux logiciel métier. Si vous partez d'un fichier partagé, la page pour remplacer Excel par un logiciel traite aussi de la reprise ; si vous partez d'une base Access ou d'un outil Windev, voyez celle sur la modernisation d'un logiciel métier vieillissant.
Quoi reprendre, quoi archiver
Reprendre tout l'historique paraît prudent. C'est souvent une décision coûteuse. Il est en général plus raisonnable de reprendre ce qui sert au travail quotidien et d'archiver le reste, en respectant deux familles de règles.
La première tient aux durées de conservation légales. Un document que vous devez garder n'a pas besoin d'être dans le nouvel outil : il doit rester consultable, ce qu'une archive en lecture seule permet.
| Document | Durée | Texte |
|---|---|---|
| Livres comptables et pièces justificatives (factures, bons de commande, de livraison) | 10 ans après la clôture de l'exercice | Code de commerce, article L123-22 |
| Contrats et correspondance commerciale | 5 ans | Code de commerce, articles L110-1 à L110-4 |
| Documents soumis au contrôle fiscal | 6 ans | Livre des procédures fiscales, article L102 B |
| Double des bulletins de paie | 5 ans | Code du travail, articles L3243-1 à L3243-5 |
Source : Entreprendre.service-public.gouv.fr, délais de conservation des documents pour les entreprises, consulté le 22 octobre 2026.
La seconde famille vient du RGPD. Les données personnelles ne peuvent pas être conservées indéfiniment. La CNIL décrit trois temps : la base active, utilisée pour le travail courant ; l'archivage intermédiaire, séparé de la base active et consulté ponctuellement par des personnes habilitées ; puis l'archivage définitif ou la suppression. Pour la prospection commerciale, la CNIL admet de conserver les données des clients pendant la relation puis trois ans après sa fin, et celles des prospects trois ans après leur collecte ou leur dernier contact.
Sources : CNIL, limiter la conservation des données ; CNIL, questions-réponses sur la gestion des activités commerciales, consultés le 22 octobre 2026.
Une migration est donc une bonne occasion de faire le tri : les prospects sans contact depuis des années n'ont pas à entrer dans le nouvel outil. La page sur le RGPD et le logiciel métier sur mesure détaille les autres points à prévoir.
À retenir Base active dans le nouvel outil, historique en archive consultable, données périmées supprimées. Ce partage fait souvent tomber une bonne partie du coût de reprise.
Ce qui rend une reprise longue et chère
Le volume compte moins que la qualité. Un gros fichier propre s'importe vite ; un petit fichier saisi à la main pendant des années peut demander des jours de travail. Les causes les plus fréquentes :
- Les doublons : le même client écrit trois façons, avec ou sans « SARL », avec deux adresses différentes.
- Les champs libres : une colonne « remarques » qui contient tantôt un numéro de téléphone, tantôt une condition de paiement, tantôt une date de relance.
- Les règles implicites : une cellule en rouge qui signifie « client bloqué », une ligne en italique pour un devis perdu. Le nouvel outil ne peut pas deviner ce que seule une personne sait lire.
- Les pièces jointes : PDF, photos, plans rangés dans des dossiers dont le nom fait le lien avec la fiche. Il faut retrouver ce lien de façon fiable.
- L'encodage : accents transformés en caractères bizarres lors d'un export, à corriger avant import.
- Un ancien logiciel fermé : pas d'export complet, ou un export partiel qui oublie l'historique. Il faut parfois passer par l'éditeur, avec ses délais et ses tarifs.
Pour estimer le travail, un prestataire sérieux demande un échantillon réel de vos fichiers avant de chiffrer. Sans cet échantillon, le poste « reprise » d'un devis est une supposition, dans un sens ou dans l'autre.
Tester la reprise sans exposer vos données
Une reprise se teste, et de préférence plusieurs fois. Mais les données de vos clients ou de vos salariés n'ont pas à circuler librement pendant les tests. La CNIL recommande de développer et de tester dans un environnement distinct de la production, sur des données fictives ou anonymisées autant que possible. Quand un test sur données réelles est indispensable, ce qui est souvent le cas pour valider une reprise, il se fait dans un environnement de préproduction configuré et sécurisé au même niveau que la production.
Source : CNIL, sécurité : encadrer les développements informatiques, consulté le 22 octobre 2026.
En pratique : l'import à blanc se fait dans une copie protégée du nouvel outil, les fichiers d'export ne traînent pas dans des messageries, et ils sont supprimés une fois la bascule faite. Les contrôles de la reprise font partie de la recette du logiciel : comparer des totaux, vérifier une dizaine de fiches connues, tester une facture sur un client repris.
Le jour de la bascule
La bascule est le moment où l'ancien outil cesse de faire foi. Elle se prépare comme une opération à part.
- Choisir une période calme : un vendredi soir ou un début de mois sans clôture, selon votre activité.
- Geler les saisies dans l'ancien outil, en prévenant tout le monde, pour qu'aucune donnée ne soit créée pendant l'import.
- Prévoir le retour en arrière : si l'import définitif révèle un problème grave, savoir comment rouvrir l'ancien outil sans perte.
- Garder un temps de double contrôle : quelques jours où les chiffres clés sont comparés entre l'archive et le nouvel outil.
Le calendrier de la reprise pèse sur celui de tout le projet. La page sur le délai de développement d'une application montre comment l'intégrer au planning.
Questions à poser à votre prestataire
Dans beaucoup de devis, la reprise tient en une ligne, ou n'apparaît pas. Ces questions permettent de savoir ce qui est réellement prévu.
- La reprise de données est-elle chiffrée à part, avec ce qu'elle comprend (sources, volume, nettoyage) ?
- Le prestataire a-t-il vu un échantillon réel de vos fichiers avant de chiffrer ?
- Qui nettoie les données : lui, vous, ou les deux, et avec quelles règles ?
- Combien d'imports à blanc sont prévus avant la bascule ?
- Quels contrôles prouvent que la reprise est complète (totaux, nombre de fiches) ?
- Où sont stockées vos données pendant le projet, et quand les copies sont-elles supprimées ?
- Que devient l'historique non repris, et comment le consulter ?
- Le nouvel outil permet-il lui-même un export complet de vos données, pour le jour où vous en changerez ?
Quand vous m'envoyez un devis à comparer, je regarde ce poste en premier : c'est un de ceux qui font le plus varier les prix entre deux propositions. Reprendre trois ans d'historique au lieu de dix et archiver le reste en lecture seule fait souvent tomber un poste entier du devis. Les autres pistes pour réduire la note sont sur la page prix d'un logiciel métier sur mesure.
// sources
- Entreprendre.service-public.gouv.fr, délais de conservation des documents pour les entreprises (vérifié le 1er juillet 2024), consulté le 22 octobre 2026
- CNIL, limiter la conservation des données, consulté le 22 octobre 2026
- CNIL, questions-réponses sur les référentiels relatifs à la gestion des activités commerciales, consulté le 22 octobre 2026
- CNIL, sécurité : encadrer les développements informatiques, consulté le 22 octobre 2026